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LES NAUFRAGÉS DE L'ILE TROMELIN - FRAIN, Irène

«Saisissement. C'est l'île. Le vent. Le blanc du roc au sommet de la plage. La frappe indéfinie des lames. L'assommoir du soleil. Un à un, les corps s'écroulent. Noirs ou blancs, ils réclament à la terre le répit qu'elle a toujours su leur offrir.»
En 1761, un navire français transportant une cargaison clandestine d'esclaves s'échoue sur une île perdue de l'océan Indien. Blancs et Noirs devront cohabiter pour survivre jusqu'au départ, sur un bateau de fortune, de l'équipage, jurant de revenir. Que s'est-il passé sur l'île ? Comment cet épisode a-t-il ébranlé les consciences, au point de déclencher le combat des Lumières pour l'abolition de l'esclavage ?
“Rien ici qui pèse ou qui pose, pas de pathos ni d'effets de manches, pas de repentance : les faits, dans leur abomination, suffisent.” LE POINT

GLAÇANT c'est le seul mot qui me vient à l'esprit en fermant ce livre. L'indifférence, la bêtise humaine à l'état pur. Nous sommes devant un fait historique, comme c'est souvent le cas avec Irène Frain, datant du 18eme siècle.
Nous sommes en 1761, à bord de l'UTILE qui transporte à fond de cale, tel des animaux, une cargaison clandestine de 160 esclaves. Son capitaine n'en démord pas : il faut aller plein nord. La carte le dit donc pas de contradiction. Mais voilà que surgit tout à coup une île battue par des lames. Le bateau ne peut éviter le naufrage. Blancs et noirs se retrouvent sur une île brulée par le soleil, le vent et les déferlantes. Pas de végétation, pas d'eau que des oiseaux. Et pourtant, au milieu de ce désert de coraux, un homme s'impose et réussit à apprivoiser les esclaves afin de construire une "prame" pour fuir cet enfer. Mais voilà qu'au moment de l'embarquement, il n'y a pas assez de place pour tout le monde. En homme de parole, Castellan fait la promesse aux 80 esclaves abandonnés de trouver un bateau et de venir les rechercher. Sauver des noirs !!! Mais cela n'intéresse personne. Quinze ans... C'est le temps qu'il faudra pour qu'un navire, enfin, s'approche de cette île et recueille... les huit rescapées.
Ce bout de terre devient l'île Tromelin du nom du commandant qui sauva les esclaves.
Comme toujours lorsque qu'Irène Frain se lance dans ce genre de récit, tout est minutieusement documenté. Pas de parti pris. Des faits, rien que des faits. C'est ce qui rend ce récit si glaçant, si incroyable et mais aussi réaliste. Comment une société peut elle abandonner, dans l'indifférence générale, des êtres humains en un lieu où rien ne survit. Ce document se lit comme un roman et jusqu'au bout on tremble pour ces hommes, femmes et enfants livrés à eux même sur un bout de terre inhospitalier, non répertorié sur les cartes de l'époque. Un homme se bat pour eux mais il est lynché par la vindicte populaire et tombe dans l'oubli. Irène Frain rend hommage à cet homme de parole qui a tout fait, tout supporter, pour aller sauver ces esclaves qui ont construit le bateau qui a permit aux blancs de quitter cet enfer.
Deux témoignages de l'époque ont permis de garder trace de ce nauvrage. Et ce sont les fouilles menées en 2006 qui ont permis à Irène Frain de découvrir ce fait et d'en faire un récit poignant. Vibrant hommage au lieutenant Castellan, homme d'honneur, tombé dans l'oubli et à Semaviou qui a cru en l'homme aux yeux de pluie.

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