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L'EMPRISE - DUGAIN, Marc


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C’est un jeu pratiqué aussi bien dans les cours de récréation que dans les hautes sphères : « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette… » Enfant, il faut s’interdire de rire. Adulte, il faut exhiber ses muscles, mieux pratiquer un chantage en retour si l’on ne veut pas perdre la face. La connaissance des points faibles d’un individu confère le pouvoir absolu. Écouter, infiltrer, espionner pour mieux manipuler : tout est là. Et seul un romancier peut dépeindre en détail ce monde du renseignement sans être entravé dans sa curiosité investigatrice par la sûreté de l’Etat ou le secret-défense. Marc Dugain excelle dans ce registre depuis La Malédiction d’Edgar (Gallimard, 2005), vaste fresque politico-policière ; il y racontait comment, grâce aux dossiers ultra-confidentiels qu’il détenait sur les politiques de tout bord, John Edgar Hoover avait pu se maintenir à la tête du FBI de 1924 à 1972. Une exécution ordinaire (Gallimard, 2007) dépeignait la manière dont Vladimir Poutine, ex-KGB, avait habilement maquillé les circonstances du naufrage du sous-marin atomique Koursk.
Après les Etats-Unis et la Russie, la politique française est enfin au cœur de L’Emprise. Un roman où se croisent un favori à l'élection présidentielle, les patrons d'Arlena (groupe nucléaire, fleuron de l'industrie française), un premier ministre au « visage mou comme une gélatine », une agent de la DCRI, un syndicaliste…
Tout se complique lorsque de la femme et le fils du syndicaliste sont retrouvés assassinés. Les forces obscures à l'œuvre vont ainsi peu à peu se dévoiler, tandis que Launay, qui caracole en tête des sondages, cherche à trouver un modus vivendi avec son principal adversaire au parti. 
Évidemment, tous ces personnages sont liés, c'est le principe de ce genre de roman. Reste à savoir comment, ça, c'est le boulot du romancier.
Du coup, L'emprise a des accents, forcément savoureux, d'un House of Cards à la française, où chacun rivalise de machiavélisme et de savants calculs politiques. Avec pour seul objectif : accroître son pouvoir. Les citoyens dans tout ça ? Des statistiques, des points dans les sondages, dans le meilleur des cas. 
Certes, Launay n'est pas aussi retors que Frank Underwood, mais il est entouré de femmes et d'hommes prêts à tous les coups bas. En effet, « les politiques sont là pour produire des lois qui rendent la société plus civilisée. Mais ils restent des reptiliens» 
Qu'on se rassure, « la France, quoi qu'on en dise, reste quand même une démocratie» C'est Corti, le chef des services secrets qui le dit. À partir de là, un vague espoir est permis.
Je suis fan de Marc Dugain et j'ai toujours dévoré ses livres. Mais là, peut être est ce le sujet, j'ai eu du mal à accrocher. Trop de personnages qui se croisent, qui disparaissent sans que l'on comprenne ce qu'ils ont pu apporter au livre.


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