lundi 29 mai 2017

AU ROYAUME DES FEMMES - FRAIN, Irène

Joseph Francis Rock, escroc de génie, botaniste, photographe, journaliste, a sauvé des plantes, des livres, une écriture et toute une culture de l'anéantissement. « Il y a quelque chose de perdu par-delà les montagnes. Perdu et qui t’attend. Tu dois partir ! »
Botaniste et linguiste de génie, Joseph Francis Rock connaissait sans doute cette injonction de Kipling lorsqu’en 1925, sur la seule foi du récit d’un voyageur-espion et de vieux textes impériaux, il se lança à la recherche d’une montagne plus haute que l’Everest et de l’étrange tribu matriarcale qui, selon la rumeur, occupait encore ses vallées et formait l’ultime vestige du peuple des Amazones.
Depuis sa Vienne natale, ce séducteur tortueux, opportuniste mais tourmenté par une incurable soif d’amour, avait déjà bien roulé sa bosse. Entré comme assistant de botanique à l’université d’Hawaï sans rien connaître aux plantes mais faux diplôme en main, il avait réussi, grâce à son authentique talent scientifique, à s’infiltrer à Harvard puis à la célèbre revue National Geographic. Il est parvenu à les embobiner pour qu’ils financent sa long et coûteux voyage vers le mystérieux « Royaume des femmes »...
C’est dans cette fabuleuse expédition que nous entraîne Irène Frain, vallées vertigineuses, princes décadents, moines visionnaires, missionnaires intolérants, lamaseries en transes, bibliothécaires cauteleux, collectionneurs de pivoines rares, royaumes figés dans le froid et un temps immuable. Enfin des femmes, occidentales, chinoises ou tibétaines, toutes plus fascinées par l’arrivée du beau Viennois…

Entre 1923 et 1926, fidèlement accompagné de ses douze Na-khis, membres d’une ethnie quasi-disparue, il ne renonce à aucune de ses excentricités, même à 4500 mètres d’altitude et par les pires blizzards : baignoire gonflable, pommes de l’Oregon en conserve, bouteilles de grands crus et gramophone pour écouter Don Giovanni…
Et quand, au seuil de la montagne, il découvre la vraie nature de la « Reine des Femmes » — et par la même occasion la face de son propre secret — il continue infatigablement à observer, noter, photographier et transmettre en Occident manuscrits en voie de disparition et fleurs uniques, les faisant ainsi échapper aux ravages des guerres qui s’annoncent. Rock devient ainsi « l’homme qui sauva les livres et les plantes », héros d’un roman vrai qu’Irène Frain ressuscite sur le Toit du Monde, dans un récit dont le souffle rappelle Le Nabab et Devi, au cœur d’une réalité si inventive qu’elle ne cesse de surpasser la fiction. 

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Joseph Francis Rock


J'ai connu Irène Frain en meilleure forme. Il m'a fallu trois essais pour vraiment arriver à lire ce pavé de 636 pages et c'est avec soulagement que je l'ai enfin terminé. Ouf...
Joseph Francis Rock est décrit comme un homme excentrique, ingérable, usurpateur, menteur piquant de monumentales colères. Ici, nous trouvons un être d'une platitude désespérante et la seule chose que l'on retient de son excentricité c'est qu'il prend, tous les jours, des bains dans sa baignoire gonflable et qu'il pique une grosse colère car il a perdu ses rustines. Il y avait tellement de choses à raconter sur ce personnage hors norme qui a quand même sauvé des écrits Na-khis, qui fut l'un des premiers blancs à se lancer dans la découverte du Toit du Monde et du pays Golok. 
Bon, d'accord, Irène Frain ne nous fait pas la biographie de cet explorateur, elle nous fait le récit, plus ou moins romancé, de son voyage au Tibet, pendant l'invasion chinoise, afin de découvrir LA MONTAGNE, plus haute que l’Everest et surtout la Reine du Royaume des femmes. Sauf que, rien ne va se passé comme prévu et empêtré dans ses mensonges, Joseph Francis Rock devra reconnaitre que sa montagne... n'est pas le plus haut sommet du monde et que le Royaume des femmes reste une légende. Mais quand même. Ce récit manque de vie surtout face à ce truculent personnage. Il doit faire face à des conditions climatiques extrêmes, se retrouve au beau milieu du conflit sino-tibétain et doit négocier avec le terrible et sanguinaire Ma, il doit subir de longues attentes dans des monastères coupés de tout, il ère des jours durant au milieu de paysages époustouflants et se retrouve face à une végétation diversifiée et flamboyante. Non vraiment, il manque vraiment un grain de folie à ce récit.
Malgré tout, on sent de sa part un grand travail de recherche ce qui rend cet ouvrage vraiment instructif et c'est ce qui nous pousse à tourner les pages. Il faut aussi mettre au crédit de l'auteure sa description tout à fait époustouflante des paysages, flore et hommes. Je me suis même demandée à plusieurs reprises si elle n'avait pas été sur place. A travers ses descriptions on entend le vent passé dans le désert d'herbes, on entend les cascades tombées des montagnes lors de la fonte des neiges. On entend les tambours lors de la fête au temple de la famille Ho, on ressent le tic tac incessant des milliers d'horloges qui remplissent la Pièce des Heures où est reçu Rock par le Bouddha Vivant...
A lire pour la découverte du Tibet. 

L'Amnyé Machen : LA MONTAGNE de Rock