dimanche 5 octobre 2014

CONSTELLATION - BOSC Adrien

Au cœur d’une rentrée littéraire forte de plus de 600 romans, Adrien Bosc fait figure d’ovni. Il vient de débouler sans prévenir dans les librairies de France et de Navarre, du haut de ses 28 ans, à peine sorti de son Avignon natal, sans que l’on sache que penser de son petit roman de 194 pages, tout à fait inclassable, « Constellation ». La couverture noire d’encre fait penser aux profondeurs de l’espace mais, en réalité, il s’agit de la nuit noire dans laquelle a disparu, il y a plus d’un demi-siècle, un quadrimoteur long-courrier de Lockheed, qui eut son heure de gloire à la fin des années quarante. Une belle machine, racée, de près de 49 tonnes qui croisait à 526 km/h.

« L’ « Avion des stars » ne fait ce soir pas injure à son surnom : à côté du « Bombardier marocain », la virtuose Ginette Neveu, elle aussi, part à la conquête de l’Amérique. Pour France-Soir, une série de photos s’improvise dans le hall. Sur le premier cliché, Jean Neveu au centre, amusé, regarde sa sœur, Marcel tient dans ses mains le Stradivarius et Ginette, tout sourire, l’observe. Puis Jo remplace Jean et de son œil d’expert compare la petite main de la violoniste à la puissante poigne du boxeur. »

Il y a d’abord une date, le 27 octobre 1949, un avion, le Constellation, son train démesuré lui donne l’allure singulière d’un échassier, un équipage et son commandant Jean de La Noüe, des passagers, Cerdan et Jo Longman, lunettes noires, cheveux graissés au Pento, Ginette Neveu et ses deux violons, une constellation vibrante qui s’embarque. A la tristesse du départ, à la nostalgie de la vallée laisse place le parfum de la belle aventure, et un écrivain qui lit dans les lignes du ciel. Il y a le décollage, le survol de la mer et des vies,  et la chute, cette perte de repères. Constellation disparaît, et avec lui : « Quarante-huit personnes, autant d’agents d’incertitudes englobées dans une série de raisons improbables, le destin est toujours une affaire de point de vue. »


En consacrant, dans un style très fluide (comme s'il racontait tout cela de vive voix), un chapitre à quasiment chacun des passagers, il leur redonne vie et parole, et souligne l'ironie, la fatalité, les tristes coïncidences qui les ont frappés et fauchés. Il raconte les victimes collatérales, les deuils difficiles, les attitudes détestables et sans scrupules de certains.