mardi 20 juillet 2010

LE SINGE ET LE TIGRE – VAN GULIK, Robert


Juge Ti, Chine ancienne, enquêtes, Van Gulik
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Qu'est-ce qui fait le grand détective ? Hercule Poirot par exemple n'a rien d'attirant. S'il a plu, c'est sans nul doute parce que Agatha Christie lui a donné des attributs policiers très caractéristiques ; Hercule Poirot, c'est avant tout une méthode de travail, pour ne pas dire une méthodologie - et la plupart de ses illustres confrères ont précisément la leur et ont, chacun, une manière propre de conduire une enquête, de penser, d'agir, de poser des questions, de débrouiller les fils d'un mystère ou d'une énigme. C'est le cas du juge Ti. »



« Sur la carte du zodiaque chinois, où le sud est toujours placé en haut, le singe et le tigre sont représentés à leur place exacte, tandis que les autres animaux sont simplement représentés par des idéogrammes. » Ainsi commence la préface, rédigée par Van Gulik lui-même, du recueil Le singe et le tigre qui regroupe deux longues nouvelles, placées l’une au début de sa carrière lorsqu’il est magistrat de Han Yuan cadre de l’étrange meurtre sur un bateau de fleur et l’autre à la toute fin de son parcours de juge de district, alors que nommé président de la cour métropolitaine de justice, il se rend de Pei-Tchéou à Tch'ang ngan juste après les tragiques évènements décrits dans l’énigme du clou chinois.

Ces deux histoires, de quelque 100 pages chacune, sont en fait de petits romans parfaitement ciselés. Dans la première, Le matin du singe, un gibbon met notre juge sur la piste d’un crime en apparence crapuleux et impliquant de crasseux personnages des bas-fonds mais bien évidemment  plus complexe et tragique qu’il n’y parait. La nuit du tigre, ma préférée, est un huis-clos d’une nuit un peu dans la manière du Monastère hanté en plus sombre. Séparé de son escorte par la crue d’un fleuve, le juge trouve refuge au crépuscule dans une ferme fortifiée, assiégée par une bande de brigands qui se préparent à attaquer dès l’aube. Installé dans la chambre de la fille défunte de la maison, notre juge découvrira qu’un autre drame se trame dans l’ombre (un drame se trame, je ne recule vraiment devant rien!).

Je préfère habituellement les romans aux nouvelles qui me laissent souvent sur ma faim mais ici l’auteur prend le temps de planter son décor et de brosser précisément ses personnages. Ces deux intrigues sont au reste essentiellement destinées, me semble-t-il, à mettre en scène quelques types curieux, le lettré rattrapé par la crise de la cinquantaine, le père prêt à tout pour son fils handicapé, la vagabonde éprise de liberté, la joueuse de luth distinguée mais maladive... Comme à son habitude, l’auteur nous fait partager avec bonheur et simplicité un peu de son immense érudition, lui qui pratiquait le luth à sept cordes, écrivait des articles sur les gibbons et s’intéressait à la complexe astrologie sexagésimale chinoise. Raffiné.

Pour en savoir plus sur l'auteur ou le fameux juge Ti, n'hésiter par à cliquer sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Juge_Ti