mercredi 7 septembre 2016

LES PUTES VOILEES N'IRONT JAMAIS AU PARADIS - DJAVANN, Chahdortt

Ce roman vrai, puissant à couper le souffle, fait alterner le destin parallèle de deux gamines extraordinairement belles, séparées à l’âge de douze ans, et les témoignages d’outre-tombe de prostituées assassinées, pendues, lapidées en Iran.
Leurs voix authentiques, parfois crues et teintées d’humour noir, surprennent, choquent, bousculent préjugés et émotions, bouleversent. Ces femmes sont si vivantes qu’elles resteront à jamais dans notre mémoire.
À travers ce voyage au bout de l’enfer des mollahs, on comprend le non-dit de la folie islamiste : la haine de la chair, du corps féminin et du plaisir. L’obsession mâle de la sexualité et la tartufferie de ceux qui célèbrent la mort en criant « Allah Akbar ! » pour mieux lui imputer leurs crimes.
Ici, la frontière entre la réalité et la fiction est aussi fine qu’un cheveu de femme.

 J'ai choisi ce livre pour deux raisons. La première, car je n'ai vu que des critiques positives le concernant, la deuxième, car j'adore les récits témoignages. Sauf que là, ce n'est pas un récit témoignage. C'est un ouvrage qui oscille entre la fiction et le documentaire et qui, partant d'un fait divers réel, dénonce les aberrations du système islamique radical iranien à l'encontre des femmes. 
Point de départ de ce livre : des prostituées iraniennes sont retrouvées mortes, étranglées par leur tchador, dans les caniveaux de plusieurs grandes villes. Nous découvrons alors un Iran où les mollahs sont tout puissant et décident de tout. Un Iran où la femme n'est considérée que comme un trou et sa valeur est inférieure à celle d'une vache. Nous découvrons un Iran où les femmes pour vivre sont obligées de se prostituer, au pire des cas, ou contracter un "sigheh" c'est à dire un mariage temporaire rémunéré. La femme se fait payer ses petites gâteries mais n'est pas une prostituée car elle a signé un CDD du sexe. Nous découvrons un Iran où la prostitution n'existe pas officiellement, sauf qu'elle est présente à chaque coin de rue. Nous découvrons un Iran où un tueur de prostituées est considéré comme un bon musulman qui a accompli son devoir en éradiquant le "fessad", la prostitution, et qu'il ne peut être considéré comme assassin car il n'a assassiné aucun être humain.
C'est une plongée en enfer que nous vivons à travers la vie de Soudabeh et Zahra, deux fillettes magnifiques de 12 ans et qui font le terrible et douloureux apprentissage de devenir femme avant l'heure et de comprendre qu'au pays des mollahs on écarte les jambes et on se tait.
Mais c'est aussi un vibrant et magnifique hommage à toutes les femmes qui subissent cet islam radical et notamment à toutes ces prostituées assassinées, car avant d'être prostituées elles n'étaient que des femmes avec des rêves. Chaque témoignage d'outre tombe se termine de la même façon : l'identité de la femme, date de naissance, mode et date du décès. C'est à vous glacer les sangs lorsque l'on prend conscience que toutes ces femmes ont réellement existé et qu'elles n'avaient d'autres choix pour vivre et faire vivre leurs enfants. N'oublions pas que si les mollahs appliquaient vraiment leur loi, ils seraient confrontés à un problème crucial : la pénurie de femmes
C'est fort, c'est puissant et en même temps, c'est écœurant. Comment peut on, à notre époque, tolérer de tels comportements soit disant religieux. Je pense que certaines femmes françaises devraient lire ce livre avant de défiler dans les rues pour demander la burka, le burkini et autre artifices rabaissant la femme.
Le langage, comme le dit différentes critiques, est cru, vulgaire à l’extrême mais c'est ce qui rend ce récit percutant, dérangeant voir oppressant et intolérable. Nous avons parfois du mal à reprendre notre souffle entre deux récits. Gardons à l'esprit que l'auteure a fuit l'Iran et ce régime, donc elle sait de quoi elle parle.