mercredi 14 septembre 2016

A L'OREE DU VERGER - CHEVALIER, Tracy

En 1838, dans l’Ohio, les fièvres ne font pas de cadeau. À chaque début d’hiver, James Goodenough creuse de petites tombes en prévision des mauvais jours. Et à chaque fin d’hiver, une nouvelle croix vient orner le bout de verger qui fait péniblement vivre cette famille de cultivateurs de pommes originaires du Connecticut. Mais la fièvre n’est pas le seul fléau qui menace les Goodenough : l’alcool a fait sombrer Sadie, la mère, qui parle à ses enfants disparus quand elle ne tape pas sur ceux qui restent ; les caprices du temps condamnent régulièrement les récoltes de James, et les rumeurs dont bruisse le village de Black Swamp pointent du doigt cette famille d’étrangers. Heureusement, la visite de John Chapman, figure majeure de l’introduction des pommiers dans l’Ohio, la saveur d’une pomme mûre à point et la solidarité qui peut unir deux enfants partageant le même sort éclairent parfois l’existence de Martha et Robert Goodenough. Des années et un drame plus tard, frère et sœur sont séparés. Robert a quitté l’Ohio pour tenter sa chance dans l’Ouest. Il sera garçon de ferme, mineur, orpailleur, puis il renouera avec l’amour des arbres que son père lui a donné en héritage. Au fin fond de la Californie, auprès d’un exportateur anglais fantasque, Robert participe à une activité commerciale qui prendra bientôt son essor : il prélève des pousses de séquoias géants pour les envoyer aux amateurs du Vieux Monde. Auprès de Molly, cuisinière le jour, fille de joie la nuit, il réapprend le langage de la tendresse. De son côté, pendant toutes ces années, Martha n’a eu qu’un rêve : quitter sa prison mentale de Black Swamp et traverser les États-Unis à la recherche de son frère.

Jusqu'à présent, j'ai adoré cette auteure mais là, je suis profondément déçue.  Pourtant, la quatrième de couverture est hyper alléchante et m'a fait saliver. 
La première partie, qui relate la vie de la famille  Goodenough dans les marais insalubres du Black Swamp, est passionnante. Sadie, femme brisée dans ses rêves, qui doit suivre son mari qui ne rêve que de planter des pommiers. La famille doit quitter la ferme paternelle où les frasques de Sadie attisent la haine des autres épouses. Après un voyage laborieux, James pose ses valises sur une terre non conquise. Et pour cause, rien ni pousse, tout est boueux et tous les ans, Sadie enterre un de ses enfants mort de la fièvre. Pour devenir propriétaire de leur terre, le couple Goodenough doit faire pousser 50 pommiers. Sadie haie cette terre qui s'incruste partout et noie sa déception dans l'alcool de pomme sorte d'eau de vie. Elle aime ses enfants mais est incapable de leur montrer et d'avoir un geste tendre envers eux. Une vie de labeur l'attends, une vie terne, boueuse ou ses seuls moments d'oubli sont la visite de John Chapman et ses ébats lors des réunions bibliques. Cette partie est un récit à deux voix : James et Sadie chacun avec sa vision et ses espoirs.
La deuxième partie est plus brouillon. Nous retrouvons Robert, fils de Sadie et James, qui quitte la ferme familiale, après le drame qui dissémine sa famille, pour aller vivre sa vie. Il a hérité de son père d'un amour incommensurable pour les arbres et notamment pour le plus grand d'entre eux : le séquoia géant. Nous retrouvons Martha, sœur de Robert, qui après bien des déboires part à la recherche de son frère adoré. Ils ont juste le temps de se croiser avec que Martha décède. Nous croisons aussi Molly, une truculente femme qui cherche l'homme qui l'arrachera à sa vie monotone.
Le portrait de Sadie est vraiment poignant et franchement je pensais que le livre continuerait sur cette lancée. Mais nous dévions sur la reconstruction de Robert qui me laisse un arrière goût d'inachevé. Je n'ai pas été convaincu par le portrait de Robert, je le trouve trop terne, trop silencieux, trop effacé pour un homme qui se bat pour sa renaissance. Je trouve qu'il subit trop les évènement et sans sa rencontre avec Molly, je ne suis pas sûre qu'il aurait continuer.
C'est dommage car Tracy Chevalier nous a habitué à des portraits de femmes qui allaient au bout d'elles mêmes. Et là, tout s'arrête d'un seul coup. Bon... Le bon côté de ce livre c'est que j'ai découvert un pan de l'histoire des États Unis que je ne connaissais pas : c'était un pays pourvoyeur d’espèces végétales rares vers la vieille Europe en mal d’exotisme. C'est partie là est très bien recréée à travers le personnage de William Lobb, insatiable dénicheur d'espèces arboricoles.