mercredi 1 octobre 2014

LE DUEL - INDRIDASON, Arnaldur

Le premier rôle revient à la froide et androgyne Marion Briem, que l’on croyait sans âge et sans passions. Sa ville de Reykjavik est soudain le centre du monde. Théâtre du championnat du monde d’échecs entre l’Américain Bobby Fischer et le Russe Boris Spassky, la capitale est envahie d’officiels et de journalistes des deux camps. Dans cette agitation, Ragnar, adolescent un peu simple, est poignardé dans un cinéma, alors qu’il enregistrait la bande sonore du film… La jeune commissaire se fait les dents sur ce qui semble un crime gratuit.
C’est bien évidemment sur l’évocation de la jeunesse de Marion Briem qu’il faut s’attarder pour tenter de cerner ce personnage trouble et peu avenant. Outre la terrible maladie qui l'affecte, Marion est issu d’une liaison illégitime entre un père qui ne reconnaitra jamais l'enfant et une mère qui disparaîtra dans le naufrage d’un navire. Errant de sanatorium en sanatorium, sous la protection bienveillante du chauffeur de la famille paternelle, Marion Briem ne se remettra jamais de ce manque d'affection et ne sera donc jamais en mesure d'en prodiguer à qui que ce soi à l'exception de cette jeune fille rencontrée dans un sanatorium danois.
Son enquête avance à pas feutré, de fines ramifications s'établissent entre la rencontre mythique des deux géants des échecs et son enquête. Elle sait qu'elle évolue dans un monde politique aux enjeux complexes, mais elle n'hésite pas à remuer ciel et terre pour honorer la mémoire de ce jeune homme assassiné comme par hasard.
Que s’est-il donc passé ? Un trop jeune Islandais (tombé sur la tête, enfant) gentil comme tout avait pour rituel innocent d’enregistrer le son des films des salles obscures de Reyljavik… Deux coups de couteau professionnels et glacés ont stoppé net ses habitudes candides et son destin.
Il faut du cœur et du souffle pour remonter les indices, creuser les signes, éviter les fausses pistes, traverser les rumeurs et ne croire que sa mémoire et sa logique inébranlable.
Les récurrences restent fragiles : le magnéto-cassette du jeune homme disparu, une bouteille de rhum vide, un clochard alcoolique, un paquet de cigarettes soviétiques (beaucoup de papier, peu de tabac), un couple illégitime plus concentré à bécoter qu’à reluquer le film, une Ford Cortina bleue, un cartable taché de sang, une hôtesse au sol déchirée en deux pilotes de lignes qui ne se croisent jamais, des fuites dans la presse qui font douter des collègues flics, des bribes de langue américaine (skiouzmi), une figure tutélaire étrange du nom d’Athanasius (l’immortel)…

Dans ce roman, Indridason est très attaché à la psychologie des personnages et l'enquête passe vraiment au second plan. C'est dommage car le rythme est trop lent par rapport au nombre de page du livre.