jeudi 8 mai 2014

LA DERNIERE FUGITIVE - CHEVALIER, Tracy


Interview Tracy Chevalier sur RTL

Un plongeon dans l'Amérique esclavagiste

Après Griet, la servante qui inspirait au peintre Vermeer son célèbre tableau, La jeune fille à la perle, Tracy Chevalier crée un nouveau et formidable portrait de jeune femme.

Nous sommes en 1850, Honor Bright est anglaise, elle quitte sa famille pour rejoindre en Amérique une communauté de quakers, des chrétiens dissidents qui prônent le silence et la prière intérieure. Mais, émue par le sort des esclaves, Honor va s'affranchir de sa discrétion et participer au "chemin de fer clandestin"(Le chemin de fer clandestin expliqué) un réseau d'aide aux esclaves en fuite vers les terres libres du Canada.
Une page d'histoire américaine méconnue en Europe. Pourtant dans cette période "très tragique", cet exil "est le premier point de lumière", explique l'écrivain. 
Au-delà du passionnant contexte historique de son livre, le grand thème que développe Tracy Chevalier, c'est une fois de plus, l'émancipation de son héroïne. Honor débarque en Amérique, dans l'Ohio, effarouchée par le monde qu'elle découvre. Au fil des pages, on suit la métamorphose de la jeune fille timide en femme intrépide à la conquête de sa liberté. "J'aime beaucoup écrire sur les femmes dans le passé parce qu'elles n'ont pas le pouvoir économique, le pouvoir social, mais elles sont très fortes", confie Tracy Chevalier.
Elle a ce talent pour reconstituer une époque et des décors, ici la vie des pionniers et les paysages de l'Ouest américain. Pour en arriver là, l'auteur de La jeune fille à la perle a beaucoup enquêté et les recherches sont "la meilleure partie [du métier] d'écrivain", selon elle. "L'écriture c'est dur, les recherches c'est formidable", conclut-elle.

Précipitez-vous sur La dernière fugitive, le nouveau bijou de Tracy Chevalier, publié chez Quai Voltaire. (source RTL)

Encore une fois, Tracy Chevalier m’a fait passer un excellent moment de lecture ! Le contexte historique, assez peu connu, donne une dimension concrète à l’histoire. Ce n’est pas seulement celle d’une jeune fille qui prend son envol, c’est aussi un rappel des faits : oui, l’esclavagisme était plutôt bien accepté par les américains blancs, qui argumentaient en sa faveur pour des raisons économiques (HIC !). Oui, il a existé un “chemin de fer clandestin”, réseau secret de routes empruntées par les esclaves en fuite vers le Canada, alimenté par quelques “rebelles” prêts à les aider. Cet aspect historique est donc parfaitement intégré au récit et lui donne de la profondeur, un savant mélange qui passionne le lecteur autant que l’auteur.
Revenons à Honor, l’héroïne de l’histoire. Libre et déterminée, elle lutte (d’abord secrètement puis le visage découvert) pour ses convictions : c’est ce qui fait que dès le début, on ne peut que l’admirer. Fraîchement sortie du nid parental, cette passionnée de couture est tendre et fragile, discrète mais observatrice. Tout de suite, on veut devenir son amie ! Suivre ses péripéties au cœur de l’Amérique, ses joies, ses blessures et ses colères est donc un plaisir immense de lecture.
L’écriture de Tracy Chevalier est, quant à elle, très fluide. La lecture n’est jamais ennuyeuse notamment grâce au rythme de l’histoire. Les chapitres sont toujours construits de la même manière : on suit d’abord Honor et ses péripéties puis l’on termine chaque chapitre par une lettre de la jeune fille, adressée à ses proches. En alternance, ces deux types d’écriture allègent le récit et créent finalement une sorte de suspense : que va-t-elle écrire à ses parents après ce qu’il s’est passé ? Comment va-t-elle parler de tel événement à sa meilleure amie ?
Bref, vous l’avez compris, j’ai tout simplement adoré (et dévoré) La dernière fugitive ! Je n’ai jamais été déçue par Tracy Chevalier, alors si vous aimez un tant soit peu les héroïnes qui ne se laissent pas faire et les romans historiques, vous devriez vous lancer si ce n’est pas déjà fait ! Vivement le prochain !